Un journal, une peauMon p’tit journal, tu ne sais pas trop qu’est-ce que tu fais avec moi
mais que veux-tu, le destin en a décidé ainsi. Je t’avais trouvé dans
la rue St-Joseph. J’ai jamais eu personne qui m’écoutait vraiment,
alors j’ai décidé d’écrire...
J’ai la peau sous la puce, ça me gratte le coeur d’être ici, dans ma
peau de Québécoise, sur la Ste-Ostie-de-vie, Si tu veux savoir, y’a
pas grand-chose sur cette rue-là : des appartements, des gens
pis moi...
Je n’écris pas grand-chose, juste mon quotidien de jeune Québécoise
mal chaussée. Tu me demandes si j’ai un nom hein? Si tu veux savoir,
cher cahier, je suis Marie. J’ai 19 ans, le coeur gros, les cheveux
frisés et j’ai une peau à fleur de lys. J’ai toujours un crayon entre
mes 2 jambes, entre les 2 mains pis dans la bouche aussi. J’ai aussi
un coeur de papier. J’écris des centimètres de mots sur une page
déchirée et saignante comme ça s’peut pas. J’vole sur mon crayon
pour écrire un avenir pas certain d’vouloir exister... J’ai une peau et
je la tue tout le temps pour la sauver.
Elle écrivait dans son carnet qu’elle avait trouvé sur la St-
Jean . Marie aurait voulu quelque chose de mieux mais Dieu
en avait décidé autrement. Elle habitait sur la St-Joseph
chez la famille de son chum, depuis que sa famille l’avait
jetée de chez elle.
7
Je vais vivre ma vie pis essayer de sortir de mon trou de souris sur
la St-Ostie-de-vie. Je travaille dans la tabagie Rock’n’Roll avec
mon chum. C’est la shop à son père. Parfois, j’ai envie de sortir
de ma peau pour en avoir une autre mais ça ne marche pas. Nous
sommes Québécois, mais aussi des Cacadiens. Si j’avais à écrire de
quoi ça serait :
« J’AI TUÉ MA PEAU DE QUÉBÉCOISE»
J’écris chez les égarés, 2007, pensées illusoires
Ma famille à moi, c’est une bande de fou qu’j’ai étouffé au plus profond
d’moi-même. Ma mère s’overdosait la vie à plein nez de cocaïne aux
hommes. Elle se gavait de vieux pourris et, la plupart du temps, ils
disparaissaient le lendemain après avoir profité d’elle. Mon passé
n’est pas plus lumineux que le reste. C’est juste que parfois, ça
déborde vraiment. On m’a toujours dit que j’ferais rien dans’ vie pis
que je finirais comme ma soeur. D’après ma mère, ma soeur était
partie pour s’ouvrir la peau à Montréal. Mais au fond, elle en avait
juste plein son cul de la famille.
Mon père, lui y s’ouvrait une bouteille de scotch pour les finir dans
le bar d’à coté. Y battait aussi ma mère pour y rentrer dedans.
Mais elle l’a crissé dehors quand j’avais 12 ans mais elle a continué à
s’ouvrir la peau des fesses. J’suis d’un néant à s’en tirer une balle.
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